Le genre documentaire en danger: Réponse aux psychanalystes

Le genre documentaire en danger: Réponse aux psychanalystes

Par Sophie Robert, réalisatrice du film
LE MUR, ou la psychanalyse a l’épreuve de l’autisme

Depuis plusieurs semaines, et suite à la diffusion sur internet de mon film LE MUR OU LA PSYCHANALYSE A L’EPREUVE DE L’AUTISME visible sur le site de l’association Autistes Sans Frontières, et dont je fais une présentation ici, je fais l’objet d’attaques personnelles, d’accusations graves et autres tentatives de dénigrement: « Tromperies », « manipulations », « pure escroquerie », autant d’atteintes à l’honnêteté de mon travail et partant, à mon honneur et à ma probité, puisque c’est mon éthique personnelle de réalisatrice qui est ainsi mise en cause par voie de diffusion au public sur France culture et sur internet.

Pour faire bonne mesure, trois des psychanalystes interviewés, membres de l’Ecole de la Cause Freudienne (Esthela Solano, Alexandre Stevens et Eric Laurent) ont également attaqué l’association Autistes Sans Frontières et moi-même en tant que réalisatrice du film et gérante de la société Océan Invisible Productions, en vue de faire interdire sa diffusion et de nous réclamer des dommages et intérêts faramineux: 290 000 euros, assortis de 15 000 euros par jour d’astreinte à dater de la censure éventuelle du film.

Ces psychanalystes ont préféré attaquer ma probité et faire croire à une manipulation pour chercher à censurer, plutôt que de répondre sur le fond aux questions soulevées par ce film: à savoir les théories et la pratique analytique dans le champ de l’autisme.

Je vais leur répondre dans le détail, mais il me faut avant tout faire une mise au point sur le métier de réalisateur de documentaire, dont les adversaires du film Le Mur n’ont visiblement pas une bonne définition et dont ils contestent la nature même.

Si le genre documentaire laisse une grande part à la créativité du réalisateur, il s’appuie avant tout sur le réel. Le documentaire a vocation à montrer la réalité sous un certain éclairage que le documentariste choisi. Mais le fait de montrer le réel sous un certain regard n’a rien à voir avec le fait de le dénaturer, le modifier à l’insu du spectateur. Une telle démarche de tromperie est en effet condamnable et ne relève pas du genre documentaire. Elle est en outre incompatible avec la démarche et l’esprit du documentariste.

Or je suis précisément accusée d’avoir « falsifié » la réalité, en l’occurrence le propos des personnes interviewées. Or je confirme et je démontre que je n’ai pas dénaturé les propos des personnes interviewées dans le film, dont j’ai fidèlement respecté la teneur. En fait, les accusateurs confondent le fait de montrer le réel sous un angle choisi par le réalisateur et dénaturer, transformer celui-ci. En cela, les accusations portées à mon encontre le sont à l’encontre de toute une profession.

Par opposition à la fiction, où tout est fabriqué, le documentaire filme la vraie vie des gens, pas des comédiens qui jouent un rôle. La valeur documentaire d’un film repose justement sur la capacité du réalisateur à traduire ce réel, à être au plus près de la vérité, pour ensuite la transmettre (artistiquement si possible) au plus grand nombre.

Traduire la réalité répond au souci d’informer le spectateur de l’œuvre, collecter de l’information en vue de sa diffusion au public, c’est en cela que réaliser un documentaire rejoint le métier de journaliste tel que l’entend le Conseil de l’Europe, institution responsable de la Cour européenne des droits de l’homme.

Sur le plan de l’éthique du documentaire, ce travail ne consiste donc pas à faire une hagiographie béate des personnes interviewées mais à tâcher d’être au plus près de ce qu’elles sont vraiment, de la manière dont elles pensent, dont elles éprouvent leur message, en gardant à l’esprit le décalage toujours possible entre une partie du discours et une autre partie du discours, ou entre le discours et la réalité de leurs actes. La vérité du sujet est aussi importante pour les documentaristes que pour les psychanalystes.

À travers leurs témoignages dans le document de la CIPPA, messieurs Laurent Danon-Boileau, Bernard Golse, Pierre Delion et madame Christine Loisel-Buet, mais aussi madame Caroline Eliacheff, chroniqueuse sur France Culture, et monsieur Aldo Naouri, suite à la publication de mails privés sur son site Internet, ainsi que madame Esthela Solano et messieurs Alexandre Stevens et Eric Laurent qui m’attaquent en justice, révèlent qu’il n’ont visiblement pas la même définition du film documentaire que ce que l’on entend habituellement en démocratie, puisqu’ils qualifient de dénaturation et tromperie tout travail de montage d’un film documentaire.

C’est donc bien l’ensemble du genre documentaire qui est visé par ces attaques, et c’est bien ce genre d’expression, mais aussi d’information au public dont l’existence est dangereusement contestée en justice.

Je renvoie le lecteur aux réponses individualisées dans ce même texte. Enfin, et puisque cela relève aussi de ma défense, je fournis ici un décryptage de l’argumentation de la CIPPA. Cette association de psychanalystes laisse en effet entendre qu’il existerait une nouvelle psychanalyse dans le champ de l’autisme, éclairée, ouverte aux neurosciences et aux traitements élaborés et pratiqués dans le reste du monde depuis de longues années; une psychanalyse moderne, ouverte sur le monde, en opposition à une psychanalyse gardienne du temple et désuète.

C’est ce que j’ai longtemps cru. Mais la réalisation de près de 60 heures d’interviews de psychanalystes m’a permis de réaliser qu’il n’en était absolument rien.

Dans le meilleur des cas, la CIPPA s’illusionne sur elle-même, et dans le pire des cas, elle cherche à habiller la prise en charge psychanalytique de l’autisme dans un atour marketing destiné à la sauver aux yeux des autorités et de l’opinion publique.

Le gouvernement vient d’accorder le label Grande Cause Nationale 2012 au collectif d’associations « Rassemblement pour l’autisme ». Toutes m’ont exprimé leur soutien, parce que les propos qui sont tenus dans LE MUR corroborent leur vécu et qu’ils souhaitent que cela cesse. L’association AUTISTES SANS FRONTIERES qui est poursuivie en justice avec moi, est un des leaders de ce mouvement. La plus importante des associations françaises dédiées à l’autisme, AUTISME FRANCE dénonce depuis plus de vingt ans les conséquences sanitaires catastrophiques de la prise en charge psychanalytique de l’autisme.

Alors mesdames messieurs les psychanalystes, vous êtes maintenant face à un choix: me poursuivre en justice comme vos trois collègues de l’Ecole de la Cause Freudienne, ou bien assumer enfin vos propos, vos pensées et vos actes.

Sophie ROBERT
Lille, le 21 décembre 2011

Liens

Analyse des affirmations de Mme Eliacheff sur le film « Le Mur: la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme »

Référence: Les idées claires de Caroline Eliacheff

« Des personnes bien intentionnées, c’est bien pire que celles qui le sont mal »
Jacques Lacan, Séminaire XX, Seuil, 1973, p. 64.

Une trentaine de psychanalystes « se sont fait rouler dans la farine »

Mme Eliacheff reproche à Sophie Robert de s’être présentée comme journaliste travaillant pour Arte, raison pour laquelle ces analystes ont accepté d’accorder de longs interviews. Mme Eliacheff souligne que tous ces analystes ont « une renommée nationale voire internationale ». Autrement dit, ce sont des experts des profondeurs de l’âme1.

Celui qui connaît bien les mœurs freudiennes et lacaniennes ne s’étonne guère de la naïveté de ces personnages de grande renommée. Freud lui-même, brillant théoricien et écrivain, manquait totalement de clairvoyance quand il s’agissait d’évaluer des personnes. Les deux disciples auxquels il a accordé les plus hautes responsabilités (Adler s’est vu nommé en 1908 Président de la Société viennoise de Psychanalyse et Jung, en 1910, Président de l’Association internationale de Psychanalyse) sont devenus des « dissidents » très peu de temps après leur nomination. Rank et Ferenczi, qui furent longtemps les disciples préférés après la rupture avec Jung, se sépareront également de Freud. Ils diront que « Freud n’avait pas plus d’intuition qu’un petit garçon » (cités par Jones2). Par contre, Freud s’est toujours méfié de Jones et d’Abraham, des disciples qui lui resteront fidèles jusqu’à la mort.

Moi-même j’ai été le premier assistant du professeur Jacques Schotte, à l’époque Président de l’Ecole belge de psychanalyse (l’équivalent belge de l’Ecole freudienne de Paris). En 1972, j’ai défendu ma thèse de doctorat sur Freud, devant un jury composé de quatre psychanalystes et un psychosociologue (c’était l’époque où, à l’université de Louvain, le feudo-lacanisme régnait souverainement). Le jury a trouvé que c’était tellement « brillant » (en fait, tellement conforme aux dogmes freudo-lacaniens) que deux ans plus tard j’étais nommé chargé de cours à temps plein à la Faculté de médecine de l’université de Louvain. Les professeurs qui m’avaient fait nommer étaient bien sûr des psychanalystes ou des gens favorables à ce courant (c’est le système de cooptation, assurant « la reproduction »3). Comment n’ont-ils pas vu que j’allais changer d’avis en 1979 et devenir ensuite très critique à l’égard des élucubrations et des mœurs freudiennes?

L’autre assistant de J. Schotte, Michel Legrand, s’est avéré être d’abord, comme moi, un freudien convaincu, puis un critique acerbe de l’idéologie réactionnaire sous-tendant le freudisme et le lacanisme4. Là encore, le Président de l’Ecole belge de psychanalyse n’avait pas du tout compris qu’il avait affaire à un futur renégat.

Pour revenir à Sophie Robert:

  • ou bien elle n’a pas tendu un piège (elle en est arrivée au fil du temps, en toute bonne foi, à trouver le discours freudo-lacanien de plus en plus aberrant et inefficace),
  • ou bien elle a manipulé. Mais, si cette seconde hypothèse est la bonne, il faut reconnaître que tous ces analystes de « renommée nationale voire internationale » n’ont, pour reprendre l’expression de Férenczi et Rank, « pas plus d’intuition qu’un petit garçon ».

Quand un(e) journaliste prend contact avec moi, qui ne suis qu’un petit Belge sans renommée internationale, je prends toujours la peine de voir via Internet de qui il s’agit (cela ne prend que quelques minutes). Si son nom n’apparaît pas ou quasi pas dans le moteur de recherche, je lui réponds que je suis malheureusement trop occupé (j’ai en effet autre chose à faire que donner des interviews sans lendemain). Actuellement, plus de la moitié de mes patients ont tapé mon nom dans un moteur de recherche avant de me consulter. Ils me parlent, en passant, de documents qu’ils y ont lus à mon sujet. Aujourd’hui, la majorité des intellectuels ont le « réflexe Google » pour ne pas perdre leur précieux temps. Comment ces analystes, champions de la pensée soupçonneuse, voire paranoïde, ne se sont-ils pas méfiés? En vérité, ils sont tellement convaincus de leur valeur, leur Moi est tellement gonflé, qu’ils se voyaient déjà glorifiés via Arte. On les comprend: avec France Culture et Le Monde, Arte est le média par excellence de la diffusion de la doctrine psychanalytique pour les happy few.

D’autre part, Sophie Robert aurait-elle présenté un document orienté, qui aurait le droit de lui jeter la première pierre? Ceux qui ont vu des émissions d’Arte sur Freud ou sur d’autres chaînes françaises ont pu constater que les réalisateurs orientent systématiquement les documentaires dans le sens des légendes freudiennes5. Pire: ils mentent sans vergogne. J’ai montré des années durant à mes étudiants un film d’Arte sur Freud où l’on voit Mme Roudinesco et Peter Gay présenter le cas d’Anna O. comme une réussite spectaculaire de la psychanalyse, alors que tous les historiens du freudisme savent parfaitement que « la cure par la parole » avait exacerbé ses troubles au point de devoir l’envoyer dans un institut psychiatrique.

Pour des détails sur Anna O, voir l’ouvrage tout récemment paru de Mikkel Borch-Jacobsen, le meilleur historien actuel du freudisme:

Les Patients de Freud. Ed. Sciences humaines, 2011, 224 p., 14 €
Pour un aperçu,
Taper dans un moteur de recherche : EDPH2277
puis cliquer sur « documents » et enfin choisir : Patiens_de_Freud.doc

Dès qu’il s’agit de venir en aide à un public dupé, exploité, ignorant ou naïf, victime des puissances d’argent et de pouvoir, on a le droit, si pas le devoir, de faire des documents qui aient une certaine force démasquante et même d’employer des méthodes comme la caméra cachée. Il en va ainsi pour la scientologie, l’astrologie et d’autres pseudosciences, parmi lesquelles le freudisme, le lacanisme et le kleinisme.

Il y a quelques jours, la première chaîne de télévision flamande a diffusé un long documentaire sur le sucre. On y voyait: d’abord une famille ayant décidé de ne plus consommer des desserts et des sodas pendant un mois, ensuite les différents méfaits du sucre, une apologie d’une petite plante (stévia) qui donne la saveur du sucre sans aucun des inconvénients du sucre de betterave, un professeur de l’université de Louvain, très convaincant, ayant fait des recherches sur cette plante, la dénonciation du lobby des producteurs de sucre de betterave qui avait entravé durant des années l’autorisation d’employer la stévia dans des biscuits et autres aliments. L’émission se clôturait sur des déclarations de la famille qui avait éliminé une grande quantité de sucre: le père avait perdu plusieurs kilos, l’aîné des garçons disait mieux dormir et les parents ajoutaient qu’il était moins nerveux. Aucun producteur de betteraves n’est apparu à l’écran. On peut trouver cela scandaleux, car que vont devenir ces braves cultivateurs de betterave si on remplace de plus en plus leur production par celle de la stévia?

Si Sophie Robert est condamnée pour avoir fait un documentaire orienté, il faudra également condamner le réalisateur de ce documentaire sur le sucre, mais surtout quasi tous les journalistes qui interviewent des hommes politiques. On imagine facilement les politiciens, de gauche comme de droite, venir encombrer les tribunaux avec des histoires de « Castration » ou de leur propos.

Le soi-disant traficotage des interviews

Mme Eliacheff déclare:

« L’une de ses techniques [de Sophie Robert] a consisté à refaire hors champ une question concernant l’autisme en donnant comme réponse des phrases tronquées extraites d’un autre contexte. L’effet de ridicule est assuré mais plus grave, le message est inversé » (je souligne)

Sur quels faits précis Mme Eliacheff se fonde-t-elle pour affirmer que Sophie Robert a utilisé cette technique d’ »inversion »? Est-elle extralucide? Elle ne donne PAS UN SEUL EXEMPLE. Il faut la croire sur parole.

Actuellement, très peu de personnes peuvent en juger. Pas même la juge au moment de présider l’audience du 8 décembre (elle n’avait pas encore visionné les rushes), pas moi et pas davantage Mme Eliacheff. En l’absence de l’examen approfondi des rushes, nous ne pouvons absolument pas en juger. Il me revient que, lors du procès, les plaignants n’ont PAS donné UN SEUL EXEMPLE CONCRET du procédé d’ »inversion » qu’aurait utilisé Sophie Robert à leur encontre.

Mais pour Mme Eliacheff il s’agit d’une évidence. La mise en question de la doctrine et de la corporation ne peut être que l’expression d’une honteuse malhonnêteté.

Le trépied de Mme Eliacheff

Mme Eliacheff déclare:

Selon Sophie Robert, les psychanalystes « sont les uniques responsables du retard pris par la France dans la mise en place de méthodes éducatives qui, elles seules, je dis bien seules, seraient efficaces. En réalité, ces spécialistes de l’autisme non seulement défendent, mais mettent en pratique un trépied comportant, comme l’un d’eux le résume, une approche éducative toujours, une approche pédagogique si possible et une approche thérapeutique si nécessaire ».

  1. La France, en matière de traitement de l’autisme, a pris un retard considérable par rapport à la majorité des pays occidentaux. Son retard concerne également la psychothérapie et d’autres domaines médicaux. Le professeur Alexandre Minkowski, qui avait réellement une réputation internationale pour des recherches médicales de haut niveau, a décrit ce décalage de la France par rapport à d’autres pays, notamment les Etats-Unis. Pour prendre mieux la mesure des dégâts provoqués par dogmatisme des mandarins, j’invite le lecteur à taper dans un moteur de recherche: EDPH2277 puis cliquer sur « documents » et enfin choisir: Universites.US.versus.France.doc
  2. Quant à recommander un « trépied comportant, comme l’un d’eux le résume, une approche éducative toujours, une approche pédagogique si possible et une approche thérapeutique si nécessaire », c’est peut-être le cas de « l’un d’eux » comme le dit Mme Eliacheff, mais ce n’est pas du tout le cas des autres. Pour confirmation, je renvoie aux parents d’enfants avec un trouble autistique et aux différents sites que des parents désespérés ont constitués pour s’épauler.

Ce n’est que sous la pression des événements ACTUELS que les membres de la CIPPA se sont empressés de faire le mois dernier des déclarations en totale contradiction avec ce qu’ils pratiquent réellement depuis des années et dont témoigne le film de Sophie Robert. Par exemple, Alexandre Stevens, l’un des trois accusateurs, est parfaitement explicite quant au refus de l’approche éducative des TCC:

« Dans le monde francophone, l’envahissement par les techniques cognitivo-comportementales est un envahissement nouveau, récent, mais très présent actuellement. La psychanalyse se bat contre cet envahissement, n’est-ce pas. Certain nombre de collègues, spécialement Jacques-Alain Miller, ont pris la tête de cette lutte, de ce combat, d’autres aussi dans d’autres mouvements, n’est-ce pas. C’est un combat très important pour maintenir vivant la dimension au fond de la subjectivité par… c’est-à-dire des singularités de chaque sujet par rapport au fond à cette idée comportementale du réglage par cases »

Le traitement de l’autisme illustre cette conclusion du célèbre épistémologue anglais, Frank Cioffi, qui a été un des premiers à mettre le doigt sur les mensonges de Freud (fausses guérisons, cas inventés, etc.):

« le mouvement psychanalytique dans son ensemble est l’un des mouvements intellectuels les plus corrompus de l’Histoire6. »

Mais pour qui roule Mme Eliacheff?

Mme Eliacheff déclare dans son émission:

« Mais pour qui roule Sophie Robert? Pour une association de parents d’enfants autistes, ‘Vaincre l’autisme’ qui mène depuis des années une véritable croisade d’intoxication contre les psychanalystes. »

En fait, le film se trouve sur le site d’ »Autistes sans frontières ». Mme Eliacheff ignore peut-être qu’il existe plusieurs associations, mais c’est très peu important. Ce qui l’est infiniment plus, c’est de savoir pour qui roule Mme Eliacheff.

1ère hypothèse

Mme Eliacheff roule pour le lobby lacanien, puissant, riche (pensons seulement à l’immense fortune amassée par Lacan7 et héritée par J.-A. Miller, qui a fourni son avocat aux trois plaignants), un lobby omniprésent sur France Culture, Le Monde et quantité d’autres pourvoyeurs de l’idéologie freudo-lacanienne.

Pour des illustrations de ce lobby, on lira avec profit l’article d’Esteve Freixa i Baqué, « Le pouvoir (pas le moins du monde occulte) des psychanalystes »
paru dans la revue Science et pseudo-sciences (n° 293). Disponible en ligne:

http://freixa.over-blog.com/article-le-pouvoir-pas-lemoins-du-mondeocculte-68132844.html

Ou encore, de Patrice Van den Reysen, « Lettre à la chaîne de télévision franco-allemande: ARTE »: http://vdrpatrice.pagesperso-orange.fr/Arte.html

2e hypothèse

Dans le style freudien: la fidélité à la mémoire de la mère. Mme Eliacheff est la fille de Françoise Giroud, qui a eu l’immense privilège d’être psychanalysée par Lacan lui-même, pendant 400 séances, à un prix d’ami. Il y a là de quoi vouer une reconnaissance éternelle au Gourou parisien.

Dans Leçons particulières, la co-fondatrice, avec J.-J. Servan-Schreiber, de L’Express, consacre huit pages à son analyse chez Lacan. En 1963, elle a entrepris ce traitement suite à une rupture sentimentale, très mal vécue parce que « l’homme qu’elle aimait avait préféré une autre femme ». À l’époque, elle était déjà amie de Lacan. Elle écrit: « Il n’est pas d’usage qu’un analyste traite quelqu’un de proche, mais il se moquait des usages. Je fus bientôt parmi ses patients » (éd. Le livre de Poche, 1990, p. 106).

Soulignons au passage que les dirigeants politiques et les journalistes — détenteurs du quatrième pouvoir — bénéficient toujours, chez les psychanalystes soucieux de la propagation de leur doctrine, d’un statut tout à fait particulier.

La journaliste de L’Express a manifestement bénéficié de grands privilèges. Elle écrit:
« Le prix, c’était à la tête du client. Il [Lacan] ne m’a jamais matraquée, peut-être par amitié. Certains ont rapporté qu’il expédiait ses patients en dix minutes8. Je ne suis jamais restée chez lui moins d’une demi-heure, toujours écoutée avec attention comme deux mots percutants, lâchés ici ou là, le montraient. Peut-être, dans ses dernières années, a-t-il étémoins scrupuleux, ou disons plus cynique, désenchanté » (p. 111).

A lire F. Giroud, on constate que le bénéfice de ses 400 séances se résume à deux choses: ne plus « crouler sous le poids des mots refoulés, des cris avalés, des conduites obligées, de la face à sauver, toujours cette sacrée face » (p. 105); « reconstruire avec un homme une relation harmonieuse et solide sur un nouveau diapason » (p. 109). Quelques années plus tard, elle répétera: « Quand la représentation que l’on se fait de soi devient insupportable, le remède est là. [...] Ne plus rougir de soi, c’est la liberté réalisée. C’est ce qu’une psychanalyse bien conduite enseigne à ceux qui lui demandent secours »9.

N’étant plus analyste freudien, je m’en tiendrai à ces hypothèses, sachant parfaitement qu’on peut en imaginer encore bien d’autres. Je m’abstiendrai d’affirmer la véritable motivation qui fait rouler Mme Eliacheff.

Jacques van Rillaer
Professeur de psychologie émérite à l’Université de Louvain-la-Neuve
& aux Facultés universitaires St-Louis (Bruxelles)

  1. Tout à la fin de sa vie, Freud, une fois de plus, écrit: « La psychanalyse est une partie de la science de l’âme (ein Stück der Seelenkunde) ». On l’appelle aussi « psychologie des profondeurs » (« Some elementary lessons in Psycho-analysis » (1938), rééd. dans Gesammelte Werk, Fischer, XVII, p. 14). Freud s’est défini comme un investigateur de l’âme et non comme un observateur du comportement. Pour lui, les comportements ne constituent pas un objet d’étude en soi: ils ne sont qu’un reflet mensonger et inintéressant des profondeurs de l’âme. De là, la négligence de la simple observation de comportements et l’élaboration d’interprétations délirantes, sous prétexte d’être le Champollion de l’Inconscient. []
  2. La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, P.U.F., 1969, tome III, p. 198. []
  3. Aujourd’hui, à l’université de Louvain, le système a radicalement changé. Les commissions de nominations tiennent fortement compte de la valeur des recherches effectuées et des publications dans des revues de haut niveau. C’est ce qui explique que les nominations de psychanalystes deviennent de plus en plus rares. []
  4. Voir p.ex., M. Legrand, Psychanalyse, science, société. Maradaga, 1983, 280 p. []
  5. Pour une revue des principales légendes freudiennes, voir http://www.mythesfreudiens.com/fiches.html []
  6. In C. Meyer et al., Le Livre noir de la psychanalyse. Ed. Les Arènes, 2005, p. 45. []
  7. Pour des témoignages sur l’assuétude de Lacan à l’argent et sur la pratique extraordinairement rentable des didactiques: taper dans un moteur de recherche: EDPH2277 – puis cliquer sur « documents » et choisir les texte suivants: Argent.Lacan.doc — Argent.Miller.doc []
  8. L’analyse de Fr. Giroud s’est déroulée de 1963 à 1967, époque où Lacan pratiquait déjà les séances courtes, mais pas encore ultra courtes, ni les « séances zéro », où les futurs analystes lacaniens venaient simplement payer, quotidiennement, le privilège d’être membre reconnu par l’Ecole freudienne de Paris. []
  9. F. Giroud, Le nouvel Observateur, n° 1610, 14-20 septembre 1995. « Ne plus rougir de soi », s’estimer davantage: c’est un apprentissage que favorisent, avec raison, beaucoup de psychothérapies. Les thérapies comportementales et cognitives s’en sont fait une spécialité. Voir p.ex. F. Fanget : Affirmez-vous ! Odile Jacob, 2000, 222 p. — Osez. Thérapie de la confiance en soi. Odile Jacob, 2003, 288 p. []

Bras de fer juridique autour d’un film sur psychanalyse et autisme

La démarche est trop rare pour passer inaperçue

D’un côté, Sophie Robert, une Lilloise se décrivant elle-même comme une « anthropologue de la psychanalyse ». De l’autre, des psychanalystes réputés, reconnus par leurs pairs, y compris sur le plan international. Au centre, un documentaire consacré au traitement de l’autisme par la psychanalyse.

Sur la jaquette du DVD, on peut lire: « Sophie Robert a réalisé une longue enquête auprès d’une trentaine de pédopsychiatres-psychanalystes, dont quelques-uns parmi les plus grands spécialistes français de l’autisme, afin de démontrer par l’absurde – de la bouche même des psychanalystes – de l’inefficacité de la prise en charge psychanalytique de l’autisme. »

« En France, les psychanalystes ont quarante ans de retard sur le traitement de l’autisme, précise la documentariste dont c’est le premier film. Ils s’opposent à des méthodes éducatives et comportementales. »

Insistant: « Je les ai filmés en train d’exprimer leur opinion. C’est choquant. Ça nuit à leur image. »

S’estimant piégés, trois des experts interviewés réclament l’interdiction du film. Un juge lillois leur a déjà accordé l’autorisation de disposer des rushes. Contre-attaque, hier, de Sophie Robert et de Benoît Titran, son avocat. En référé, ils réclament l’annulation de cette décision « non contradictoire ». But, entre autres, « la protection des sources, argumente Me Titran. Certaines des personnes interrogées pour ce qui sera une série de documents ont réclamé l’anonymat. Elles ne veulent pas être reconnues. »

« Travail de sabotage »

« Il n’a jamais été question de récupérer toutes les images, rétorque Me Charrière-Bournazel, l’avocat des psychanalystes. L’une a été interrogée pendant trois heures, un autre durant deux heures et le troisième, une heure. Leurs propos ont été rendus incompréhensibles. Des questions ont été plaquées après coup sur les déclarations de mes clients. » Il veut donc comparer ces six heures de matériel brut avec le documentaire de 52 minutes déjà diffusé la semaine dernière au cinéma l’Univers de Lille. La question du secret des sources ne tient donc pas pour ce que l’avocat qualifie de « travail de sabotage destiné à une oeuvre polémique ».

« On a le droit de penser que la psychanalyse est une absurdité, assène-t-il. Là, on veut juste tourner mes clients en ridicule. » Décision le 29 novembre. Une autre action a été lancée pour faire interdire le film.

Article sur la Voix du Nord: Bras de fer juridique autour d’un film sur psychanalyse et autisme par Lakhdar Belaïd

Des psychanalystes veulent interdire un documentaire sur l’autisme

Trois psychanalystes ont assigné une documentariste lilloise, auteur d’un film militant opposant leur conception sur l’autisme à celle de scientifiques et d’associations de familles, en demandant l’interdiction de sa diffusion.

« Sophie Robert est assignée en interdiction de diffusion du film « Le Mur », actuellement sur internet et déjà projeté dans quelques cinémas, a indiqué mardi Me Benoît Titran.

L’affaire sera jugée sur le fond par le tribunal de grande instance de Lille le 8 décembre, a-t-il précisé.

Les trois psychanalystes – Esthela Solano-Suarez, Eric Laurent et Alexandre Stevens – appartiennent à l’Ecole de la cause freudienne. Ils estiment, selon leurs défenseurs, que le documentaire soutenu par l’association Autistes sans frontières constitue un « sabotage » qui a pour objectif de « ridiculiser » la psychanalyse.

Dans ce documentaire, des psychanalystes expliquent que l’autisme pourrait être la conséquence d’une dépression maternelle, d’une mauvaise relation avec l’enfant, voire d’un refus de l’apport masculin pour la conception. Certains parlent de mère « psychogène », de « stade de folie transitoire » de la mère, voire de « désir incestueux ».
Cette vision est présentée par le film en opposition à des méthodes éducatives et comportementales, appliquées par certaines familles.

« Le tribunal devra trancher la question de savoir si Sophie Robert est sortie des autorisations de tournage » signées par les trois psychanalystes préalablement à leur interview, comme ils l’affirment, a expliqué Me Titran.

Ces autorisations, consultées par l’AFP, décrivent la réalisation d’un documentaire en trois volets sur la psychanalyse, dont l’un serait consacré à l’approche psychanalytique de l’autisme.

Par ailleurs, les trois psychanalystes demandent à être considérés comme auteurs et doivent donc pouvoir empêcher la diffusion de leurs propos, ce que conteste également Me Titran.

Le tribunal des référés de Lille statuera d’abord le 29 novembre sur la demande de saisie de l’intégralité des rushes de Mme Robert pour sa série de documentaires, celle-ci ayant jusqu’ici uniquement transmis la copie des entretiens incriminés.

Article sur Le Parisien: Des psychanalystes veulent interdire un documentaire sur l’autisme

Donnons une suite au MUR!

SouscriptionSouscription pour la création d’une série documentaire en 3 volets sur la psychanalyse

Depuis le 7 septembre 2011, Autistes Sans Frontières diffuse sur son site le film « Le MUR ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » créé en partenariat avec la société Océan Invisible Productions. Le choix de diffuser largement ce documentaire sur Internet a permis à toutes les personnes concernées par la problématique d’y avoir un accès libre et gratuit. Ce film s’inscrit dans le cadre d’une série documentaire que je réalise, dédiée au décryptage de la psychanalyse à l’intention du grand public.

Cette souscription a pour objectif de finaliser cette série audiovisuelle, provisoirement intitulée « Voyage dans l’inconscient », en exploitant les images inédites déjà tournées, et d’autres images, afin de conclure le travail amorcé avec le MUR. Le caractère exceptionnel des images réalisées, les enjeux de société considérables qu’elles soulèvent, et depuis peu la procédure qui m’est intentée par trois psychanalystes, contrecarrent ou ralentissent considérablement le schéma de production classique de cette série documentaire. C’est pour ça que j’ai besoin de votre aide, afin que ces images, que certains aimeraient voir disparaître, soient offertes au plus vite au débat public et démocratique qui doit avoir lieu dans notre pays.

Le but de cette série est d’informer l’opinion publique sur la réalité du message de la psychanalyse exprimée par les psychanalystes eux-mêmes, en approfondissant le travail de décryptage entrepris avec le MUR. Elle permettra de montrer, qu’au-delà même de la problématique de l’autisme, tous les Français sont concernés directement par le message de la psychanalyse, et donc de poser les enjeux d’un débat de société urgent qui nous concerne tous: journalistes, politiques, parents, patients, hommes, femmes, citoyens…

J’ai besoin de votre soutien!

Cet appel à souscription a pour objectif d’aider:

  • à la production de cette série en 3 volets d’environ 90 minutes et à sa diffusion télévisuelle, cinématographique ou à défaut sur Internet
  • à la fabrication des DVD

Comment faire?

Deux possibilités (personnes, associations, institutions, entreprises…):

  • La souscription de soutien permet d’aider à la fabrication de cette série en tant que donateur. Il suffit de remplir le formulaire, accompagné d’un chèque du montant de votre choix, libellé à l’ordre de Océan Invisible Productions, et de le retourner à la société Océan Invisible Productions, 2 place aux Bleuets, 59000 Lille.
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Série en trois volets sur la psychanalyse

Les psychanalystes, l’inconscient et la sexualité

Le premier volet est consacré à la nature de l’inconscient et sa relation avec la conscience: la dynamique du transfert et du contre transfert et leur maniement dans la cure. Pourquoi parler de psychosexualité? Comment les psychanalystes appréhendent-ils la sexualité, en particulier féminine? Que signifient les concepts de phallus, et le concept de castration? Quel est le rapport entre le phallus et l’inconscient? Comment appréhender le complexe d’Oedipe aujourd’hui, et l’évolution depuis Freud des névroses qui composent l’essentiel de la clientèle des psychanalystes en cabinet.

La psychanalyste dans l’institution psychiatrique

Le deuxième volet traitera de la place de la psychanalyse dans l’institution psychiatrique, à travers l’exploration des troubles envahissants du développement, notamment la psychose et l’autisme; l’interprétation psychanalytique de l’origine et de la dynamique de ces troubles, la façon dont la psychanalyse agit sur ces troubles graves, auprès des adultes et des enfants; peut-on exercer la psychanalyse en institution? Quelles sont les perspectives de guérison ou d’amélioration? Puis nous aborderons la question des rapports entre la psychanalyse et les neurosciences; enfin, nous chercherons à savoir si le contact avec des enfants psychotiques et autistes impacte le regard du psychanalyste pédopsychiatre sur le monde qui l’entoure. Ce deuxième olet développera les séquences du MUR agrémentées de nombreuses séquences inédites.

La psychanalyse dans la cité

La troisième partie sera consacrée aux liens entre la psychanalyse et l’anthropologie, notamment à travers l’oeuvre de Claude Lévi-Strauss sur les structures élémentaires de la parenté; puis nous aborderons les ponts entre psychanalystes et religions du livre, leurs communautés de valeurs aussi bien que leurs divergences; enfin, nous chercherons à savoir comment les psychanalystes se situent en tant que mouvement de pensée par rapport à l’évolution de la société depuis Freud et Lacan. La psychanalyse évolue-t-elle? Quelles sont les questions qui l’agitent de l’intérieur? Quel regard les psychanalystes portent-ils sur leur propre mouvement et comment voient-ils leur avenir dans un monde qui risque d’être dominé par les neurosciences?

Autisme: quand les psychanalystes font mur

A n’en pas douter, Sophie Robert savait que son documentaire « Le Mur ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » n’allait pas être accueilli cordialement par la congrégation des psychanalystes français. Mais de là à tâcher d’en faire carrément interdire la diffusion…

Le film de 52 minutes traite donc de cette particularité de la psychiatrie française – sous l’emprise des théories psychanalytiques freudiennes et lacaniennes – de vouloir absolument faire de l’autisme une maladie psychique de l’ordre de la psychose là où le reste du monde diagnostique des « troubles du développement social humain » liés à des problèmes d’ordre neurologique.

Et au fil du documentaire, les éminents pédopsychiatres / psychanalystes interrogé(e)s d’expliquer à longueur de scènes que tout le problème de l’autisme… vient de la mère! Mère trop froide ou trop chaude, mère dépressive ou possessive (envieuse du pénis de l’homme et qui voit dans son enfant un substitut de pénis), mère incestueuse et abusive, mère dragon, mère crocodile, mère qui a mis en échec la mission sacrée du père de « couper le cordon » en s’interposant par la toute puissance de son pénis (symbolisé par la loi… mais un stylo bic fera tout aussi bien l’affaire) dans la relation mère/enfant…

Et à la base de ces affirmations, l’intuition de quelques grands penseurs de la psychanalyse (Freud bien sûr, Bettelheim et Lacan…), beaucoup de cures psychanalytiques… et pas l’ombre d’une expérimentation, d’une statistique ou d’un contrôle de résultat pour étayer leurs théories.

Théories qui ne sont pas sans conséquences. Sûr(e)s de leurs bons droits, avec des poses de résistants à l’envahisseur anglo-saxon et ses théories cognitives comportementales (qu’ils apparentent à du dressage), les voilà qui isolent les enfants autistes de leurs parents, s’opposent à leur socialisation et scolarisation, culpabilisent les parents et instillent le doute d’une potentiel maltraitance de la part des parents et en particulier de la mère.

Quant à leurs rapports avec la science (biologie, neurologie etc.)… c’est atterrant et relève de la pensée magique! Il faut les entendre se lancer dans des explications sans queue ni tête sur le rejet biologique de la mère de la part génétique du père dans le fœtus, de la double négation biologique de la mère, du rôle paternel du placenta et j’en passe. Ces hommes et ces femmes officient à titre de soignants dans des hôpitaux psychiatriques en France et leurs connaissances en matière de biologie humaine sont à pleurer.

Je passe sur l’affirmation révoltante de cette pseudo psy pour qui l’inceste d’un père sur sa fille est nettement moins grave (« au pire, ça fait des filles débiles » dira-t-elle) que celui d’une mère sur son fils (qui en fera un psychotique).

Enfin, en filigrane, se dessine la vision erronée, négative et rétrograde (quasi biblique) de la Femme: envieuse, mauvaise, « nature » et coupable (forcément!). Mais également de l’Homme: puissant, chargé du symbolique et de la culture (opposé à l’état de nature de la mère bien sûr), de la loi, en charge de détacher les bébés de leurs mères (ces dévoreuses de bébés en puissance) et d’en faire de vrais humains…

Et maintenant, à vous de juger!

Ressources n°1 : le documentaire de Sophie Robert en trois partie

Ressources n°2 : L’interview du Professeur Monica Zilbovicius

Psychiatre spécialisée dans les troubles du Développement de l’Enfant et de l’autisme infantile et travaillant à l’INSERM. Elle y explique l’état des connaissances de la communauté scientifique sur l’autisme.

Ressouces n°3 : L’interview de Sophie Robert, la réalisatrice du documentaire

 Ressouces n°4 : Divers articles sur le documentaire et la problématique de traitement psychanalitique de l’autisme en France

Et en clin-d’oeil:

Article sur Mediapart: Autisme: quand les psychanalystes font le mur

Autisme: « Le Mur », docu qui dérange des psys français

Autisme: "Le Mur", docu qui dérange des psys français« Le Mur » montre la mainmise de la psychanalyse sur le traitement de l’autisme. Trois psys cherchent à bloquer la diffusion du film, qu’ils jugent « partisan »

Le film « Le Mur ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » montre comment le traitement des autistes est, en France, verrouillé par les psychanalystes et les psychiatres, au détriment d’autres approches.

Sophie Robert est productrice et réalisatrice, passionnée de psychanalyse, et critique la vision freudienne de la femme comme « sexuellement psychogène ». Depuis quatre ans, elle enquête en anthropologue sur les pratiques des psychanalystes « orthodoxes », finalement assez peu connues du grand public et qu’elle juge « dogmatiques »:

« Je pensais faire un travail plus nuancé au début. Mon but était de dresser un état des lieux de la psychanalyse, de leur demander: que prenez-vous et que laissez-vous de Freud et Lacan?

J’ai découvert qu’il y avait des dogmes qui ne faisaient pas débat, comme l’idée que toutes les femmes sont psychotiques à la naissance de leur enfant, qui est un substitut du phallus… »

Assumer leurs propos « politiquement incorrects »

Elle tourne 27 interviews, démarche des chaînes télévisées pour leur vendre une série de plusieurs fois 52 minutes et, finalement, décroche une aide de l’association Autistes sans frontières pour aboutir à un premier volet, diffusé depuis septembre sur le site de l’association. La suite est en préparation.

Face caméra, les psys assument le côté « politiquement incorrect » de leur discours. Mais une fois qu’ils voient le film, trois d’entre eux s’étranglent. Ils saisissent le tribunal de grande instance de Lille, qui nomme un huissier aux fins de faire saisir les rushes.

Leur but n’est toujours pas clair, Me Christian Charrière-Bournazel, leur avocat, n’ayant pas répondu à nos sollicitations. Mais, selon l’ordonnance sur requête que Rue89 a pu consulter, ils semblent préparer une demande d’interdiction:

  • « les rushes confirmeront que leurs propos ont été dénaturés », est-il écrit. Les saisir empêchera la réalisatrice de les « détruire afin d’échapper à toute interdiction judiciaire dont pourrait être frappée son film et plus généralement à toute action en responsabilité »;
  • ils reprochent à Sophie Robert de s’être « présentée comme journaliste alors qu’elle est gérante de société de production »: ils oublient qu’il n’est pas besoin d’avoir la carte de presse pour réaliser un documentaire en qualité d’auteur;
  • ils « ont découvert avec stupéfaction que leurs interviews avaient été coupées et défigurées aux fins d’un film partisan » : les coupes font partie du travail normal de documentariste, et leur choix relève de la liberté d’expression; il n’est pas rare qu’un film d’auteur assume un parti pris;
  • ils estiment que « la pensée et les propos des intervenants sont réduits et déformés par le sens des commentaires »: rien n’interdit le commentaire de porter sur des interviews, voire de prendre leur contrepied;
  • ils se disent « piégés » dans un film qui ne serait pas, à leurs yeux, un documentaire mais « une entreprise polémique destinée à ridiculiser la psychanalyse au profit des traitements cognitivo-comportementalistes (TCC) ».

« A​tteinte au secret des sources des journalistes »

La réalisatrice, qui ne veut pas que les plaignants croient qu’elle a « quelque chose à cacher », a retranscrit les trois heures d’interviews avec les trois psychanalystes qui la poursuivent (Esthela Solano Suarez, Eric Laurent et Alexandre Stevens, membres de l’Ecole de la cause freudienne).

Elle vient de transmettre à l’huissier un DVD avec des images originales, brutes, des interviews avec les timecodes (marquage temporel) « afin qu’ils voient bien que, techniquement, il n’y a pas de coupe inopinée dans les séquences ».

Selon son avocat Me Benoît Tritan, demander les rushes est une « atteinte au secret des sources des journalistes » protégé par la loi du 4 janvier 2010.

L’avocat a saisi le juge en référé afin de faire annuler l’ordonnance initiale; une audience est prévue le 15 novembre au TGI de Lille. Pour Me Titran:

« Le travail a été réalisé de façon loyale, comme en attestent les autorisations de tournage, leurs propos ont été parfaitement respectés et il n’y a aucune atteinte à la probité, sinon ils auraient poursuivi en diffamation. »

Les parents d’autistes : « Si on dénonce, on est mis au bûcher »

Le documentaire avait déjà fait pas mal de bruit dans le milieu des parents d’autistes et des associations. Cette poursuite lui donne un écho encore plus retentissant.

Delphine Piloquet, déléguée générale d’Autistes sans frontières, jure que « ça ne s’arrêtera pas là »:

« On a l’impression qu’on attaque une religion d’Etat, c’est une fatwa qui s’abat sur ce film alors que sa force c’est que ce sont les psys interviewés qui eux-mêmes disent des énormités. »

Elle rappelle que c’est par « pragmatisme » et non par « idéologie » qu’elle a sorti son fils de l’hôpital psychiatrique où il stagnait, pour le réintégrer dans « notre monde », grâce aux techniques comportementalistes.

Le point de vue de l’auteure du documentaire rejoint celui des parents dont elle entend les appels au secours :

« C’est délirant. Tous les jours, des mères m’appellent pour me dire combien elles sont déconcertées par les troubles détectés par leur psychiatre, qui font de l’endoctrinement avec la souffrance des autres sans se remettre en cause… Et si on dénonce ça, on est mis au bûcher.

La vérité, c’est qu’elle leur a extirpé ce qu’ils pensent et qu’ils ne disent pas aux parents, elle a eu le mérite de lever le voile. »

Article sur Rue 89: Autisme: « Le Mur », docu qui dérange des psys français